Observatoire de l’Immatériel Un référentiel pour mesurer les actifs incorporels des entreprises
Selon une étude de la Banque mondiale, l’économie française est immatérielle à 86 %. Mais ne nous y trompons pas : des savoir-faire aux technologies en passant par les marques, les actifs immatériels recouvrent des réalités très concrètes, sources de différenciation pour les entreprises. Partant du principe qu’on ne gère bien que ce qu’on mesure bien, l’Observatoire de l’Immatériel leur propose désormais un référentiel de mesure de leurs actifs immatériels.
La prise de conscience est récente, mais unanime. D’un côté, les pouvoirs publics estiment, à travers le récent rapport Lévy-Jouyet, que le développement de l’économie immatérielle pourrait valoir à la France un point supplémentaire de croissance annuelle. De l’autre, les entreprises savent que leur valeur immatérielle est désormais nettement supérieure à leur valeur comptable, mais elles manquent dans le même temps d’outils de référence pour la mesurer réellement.
Tous ces acteurs étaient réunis, le 2 février dernier, pour le lancement officiel de l’Observatoire de l’Immatériel, en présence de ses membres fondateurs :
Benoit Battistelli, directeur général de l’Institut national de la propriété industrielle,
Daniel Delorge, directeur général de SAS France,
Jean-Marie Descarpentries, ancien président de Carnaud-Metal-Box, Ingenico et Bull, administrateur indépendant. président de la FNEGE et FONDACT,
Alan Fustec, président de Goodwill Management, expert de l’Economie de l’Immatériel,
Alexis Karklins-Marchay, associé d’Ernst & Young, expert de l’Economie de l’Immatériel,
Frédéric de Ligondés, associé de Mar-Tech & Finance,
Christophe Rouvière, président de Finance & Stratégie. analyste financier.
Huit grands actifs immatériels
Avant de mesurer, il faut définir. Après 18 mois de travaux préparatoires, l’Observatoire a donc distingué huit actifs ou capitaux que l’on retrouve dans toutes les entreprises :
- Le portefeuille clients : trop souvent mesuré de manière quantitative (nombre et chiffre d’affaires), le capital clients est celui qui fait progresser l’entreprise, il faut donc fidéliser les bons, et en conquérir de nouveaux.
- L’organisation : actif protéiforme, il inclut à la fois le réseau de distribution, la supply chain ou encore la politique qualité mises en place par l’entreprise.
- Le système d’information : le capital SI se mesure à sa contribution au développement des autres actifs immatériels de l’entreprise. « Nous sommes passés de la main d’oeuvre au cerveau d’oeuvre, et le SI en est le bras armé », explique ainsi Jean-Pierre Corniou, président d’EDS Services.
- Les fournisseurs : avec la croissance de l’externalisation, la qualité du réseau de fournisseurs et de partenaires devient un véritable actif, au même titre que les salariés.
- Les marques : désormais inclus dans les normes comptables IFRS, c’est l’actif immatériel aujourd’hui le mieux valorisé.
- Les technologies : « Les brevets sont un investissement qu’il faut savoir gérer », souligne Benoît Battistelli, directeur général de l’INPI. De fait, nombre d’entreprises pourtant innovantes gaspillent ce capital, faute de savoir organiser la pérennisation des connaissances.
- Les actionnaires : selon leur connaissance du métier, la profondeur de leur bourse ou encore leur patience... les actionnaires n’ont pas tous la même valeur !
- Les collaborateurs : les collaborateurs sont le socle même de tous les autres capitaux, puisqu’ils en sont les moteurs. Les compétences, la motivation ou encore la fidélité des collaborateurs sont autant de promesses de performance et d’innovation.
On le voit, ces huit capitaux couvrent l’ensemble des grandes fonctions de l’entreprise. « Derrière tous ces actifs, il y a les collaborateurs et la façon dont ils travaillent ensemble - autrement dit, la réalité quotidienne de l’entreprise ! » souligne Jean-Marie Descarpentries, président de l’Observatoire.
Enjeu N°1 : mieux gérer l’immatériel
Du concret, donc, pour ces actifs que l’on qualifie d’intangibles, ou d’incorporels. Loin du virtuel, l’immatériel représente pour les entreprises un véritable enjeu de gestion. Jusqu’ici, celles qui se sont intéressées à ces actifs immatériels ont développé leurs propres outils de mesure, avec des indicateurs ad hoc - mais elles ne disposaient d’aucune base de référence pour comparer leurs performances.
Au-delà de la gestion, l’autre enjeu de l’Observatoire est financier.
Pour pallier ce manque, l’Observatoire a donc défini 34 critères et 164 paramètres, qui permettront aux entreprises, dans un premier temps, de retenir et mesurer les indicateurs qui les concernent et/ou qu’elles souhaitent suivre, et à terme se s’étalonner sur les meilleurs de chaque secteur d’activité.
Enjeu N°2 : vers une valorisation financière de l’immatériel
Au-delà de la gestion, l’autre enjeu de l’Observatoire est financier. En effet, si les nouvelles normes comptables IFRS obligent les entreprises à valoriser le capital immatériels (via les survaleurs) à l’occasion des fusions-acquisitions, rien ne permet aujourd’hui de calculer la réalité de l’actif existant d’une entreprise. Avec ses indicateurs tangibles, l’Observatoire constitue un pas vers une traduction financière des actifs incorporels en enrichissant les modèles actuels (purement financiers) de valorisation. A moyen terme, ces indicateurs pourraient d’ailleurs devenir des incontournables de la communication financière.
L’Observatoire de l’immatériel : une dynamique collaborative
Matérialisation concrète de l’Observatoire, le portail www.observatoire-immateriel.com ((lien)) est en ligne depuis le 2 février dernier. Il a pour vocation de devenir le référentiel en terme d’information sur l’immatériel et d’offrir la vision la plus large sur ce thème : études, articles, rapports, témoignages, publications, actualités. Espace virtuel d’échange et de débat, il détaille les critères d’analyse et les indicateurs définis par l’Observatoire et adaptés pour sept secteurs d’activité : banque, énergie, BTP, pharmacie-chimie, agroalimentaire, distribution et médias-télécoms. Le site propose notamment un baromètre des actifs immatériels, construit comme un outil de diagnostic pour les entreprises, qui pourront éditer leur propre tableau de bord de l’immatériel. « C’est un esprit de communauté qui anime ce site », précise Jean-Marie Descarpentries. Les informations fournies (anonymement) par les entreprises viendront en effet nourrir le référentiel pour en faire, dans un second temps, un véritable outil de benchmarking. L’évaluation avant la mesure, en quelque sorte. A terme, le site s’enrichira de méthodes pour permettre aux entreprises de déployer des plans d’action afin de valoriser leurs actifs immatériels. Une référence collaborative est en train de naître. Decisio en reparlera.
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Pour en savoir plus sur les actifs imatériels des entreprises |
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publié le 08/02/2007

