Art de la guerre Sun Tzu, stratège et manager
Écrit voici vingt-cinq siècles, L’art de la guerre de Sun Tzu est un véritable traité de sagesse, où tout l’art n’est pas de combattre, mais de soumettre l’adversaire en tournant chaque situation à son avantage. Petit tour d’horizon d’une pensée jamais dépassée.
Qui était Sun Tzu ?
Nul ne sait exactement qui était Sun Tzu. Il est vrai que dans la Chine du Ve siècle av. J-C, les auteurs utilisaient pour leurs livres un nom d’emprunt. Qu’il ait ou non existé, son nom reste attaché à L’art de la guerre, premier grand traité de stratégie de l’histoire du monde - et qui fait encore référence dans les milieux politiques comme économiques. A l’époque de Sun Tzu, dite des Royaumes combattants, les armées étaient bien organisées, efficacement entraînées et commandées par des généraux de carrière. Plus que les techniques de combat, la stratégie militaire était donc essentielle. La guerre était considérée comme un dernier recours, le fin du fin, selon Sun Tzu, étant de soumettre l’armée ennemie sans combat.
Les cinq piliers de la stratégie
Le premier chapitre du livre détaille les cinq « facteurs fondamentaux » de l’art de la guerre :
l’influence morale, qui fait que le peuple est en harmonie avec ses dirigeants ; « celui dont les troupes sont unies autour d’un objectif commun sera victorieux. »
les conditions météorologiques : le respect des cycles de la nature revêt une grande importance chez Sun Tzu.
le terrain : s’il sait où livrer la bataille, le général saura à quel moment concentrer ou diviser ses forces
l’autorité, que confèrent cinq grandes qualités : sagesse, équité, humanité, courage et sévérité.
l’organisation, enfin - notamment la discipline, la juste promotion des officiers et l’approvisionnement.
« Il n’existe pas de général qui n’ait entendu parler de ces cinq points. Ceux qui en ont la maîtrise gagnent, ceux qui ne l’ont pas sont vaincus », conclut Sun Tzu.
L’art de tourner la situation à son avantage
« La stratégie est comme l’eau qui fuit les hauteurs et remplit les creux ». A maintes reprises, Sun Tzu utilise la métaphore de l’eau pour illustrer son propos. Comme le flot qui se règle sur le relief, l’armée doit prendre ses dispositions par rapport aux circonstances et aux mouvements de son adversaire. L’art de la guerre ne livre pas de recette, mais sa lecture éclaire chaque décision stratégique, par sa science de l’évaluation des situations et du potentiel qu’elles recèlent. Telle est la vraie sagesse des vainqueurs. Attention toutefois : il ne s’agit pas uniquement de s’adapter aux situations, mais aussi de les créer. Le vrai stratège en effet, attire l’ennemi et ne se fait pas attirer par lui. En outre, ajoute Sun Tzu, « la première tâche du général est de se rendre invincible », par l’harmonie intérieure et l’excellence de l’administration. Les occasions de victoire sont fournies par les erreurs adverses...
Force normale, force extraordinaire
Outre une organisation rigoureuse (dont le souverain ne doit pas se mêler !), Sun Tzu prône en toutes circonstances une économie des énergies. Il distingue ainsi la force normale (Cheng) et la force extraordinaire (Ch’i). La force normale est utilisée pour engager le combat ; la force extraordinaire pour forcer la décision. De nombreux récits de combat racontent aussi comment le Cheng est utilisé pour distraire l’adversaire tandis que dans l’ombre le Ch’i prépare la victoire à l’abri des regards. De même, savoir quand utiliser des « armées importantes » ou des « armées restreintes » est l’une des caractéristiques des grands généraux.
Sun Tzu et le marketing moderne
L’intelligence des situations de Sun Tzu le pousse non seulement à tirer parti du terrain dans l’organisation de son armée, mais aussi à utiliser le potentiel de l’autre. Dans son livre Comprendre et appliquer Sun Tzu, Pierre Fayard cite ainsi un proverbe chinois : Si tu veux réaliser quelque chose, fais en sorte que les autres le fassent pour toi. Le stratège avisé, dit la sagesse chinoise, doit connaître les objectifs (et les moyens) de tous les acteurs d’une situation, et comprendre leurs ressorts pour les utiliser à son profit. Pierre Fayard illustre son propos en analysant le phénomène des relations presse : en utilisant leur connaissance des médias, les annonceurs parviennent à faire passer leurs messages sans recourir à la publicité. Un « stratagème » encore plus actuel à l’ère du Web 2.0, où toutes les entreprises cherchent à « orienter les conversations » sur la toile pour que leur message soit relayé par les internautes !
Sun Tzu et la modestie du manager
« Dans les temps anciens, dit Sun Tzu, ceux que l’on disait experts de la guerre l’emportaient sur un ennemi facile à vaincre ». L’héroïsme des durs combats n’est aucunement louable. Tout l’art consiste en effet à créer des conditions favorables à la victoire - un art discret s’il en est. La sagesse chinoise met donc en garde contre le narcissisme de dirigeants en réalité peu habiles. Sun Tzu énonce par ailleurs les cinq qualités dangereuses chez un général : « s’il est téméraire, il peut être tué ; s’il est lâche, il sera capturé ; s’il est emporté, on peut le berner ; s’il possède un sens de l’honneur trop chatouilleux, on peut le calomnier ; s’il a une âme compatissante, on peut le tourmenter. » En creux se dessine ainsi le général idéal... Lequel, ajoutera-t-on, doit aussi voir loin. Car au fond, à quoi servent les victoires ? « Gagner des batailles et s’emparer des objectifs qu’on s’est fixés, mais ne pas réussir à en tirer parti, c’est de mauvaise augure et cela s’appelle « gaspillage de temps. » L’exploitation au-delà de l’exploit, en somme.
publié le 21/07/2009

