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Speed Networking Sept minutes pour convaincre... ou décider !

Douze cadres dirigeants en recherche d’emploi, douze chasseurs de têtes, sept minutes par personne : depuis février 2003, le speed-networking a beaucoup fait parler de lui. Comment le recruteur prend-il sa décision ? Et comment un candidat peut-il convaincre en si peu de temps ?

Loin des effets de mode passagers, l’histoire du speed-networking est celle d’une décision mûrement réfléchie par un collectif de cadres dirigeants déterminés à retrouver un emploi après un licenciement. Elle illustre aussi un phénomène plus profond qui est l’accélération de la prise de décision dans les organisations modernes.

Le réseau Daubigny se veut un réseau d’entraide, où chacun apporte sa connaissance du marché et ouvre son carnet d’adresses. « Le marché de l’emploi des cadres s’est tendu, explique Béatrice Andurand, du réseau Daubigny. Les chasseurs de têtes reçoivent tant de CV qu’ils sont contraints d’établir des sélections automatiques en croisant des critères dans leur base de données. Or, la plupart de nos compétences se résument difficilement en un mot-clé sur un moteur de recherche ! Pour passer cette première étape, il fallait donc provoquer la rencontre ».

Le premier speed-networking eut lieu en février 2003. Trente séances ont suivi depuis, avec une règle immuable : autant de candidats que de recruteurs, de petites tables (« pour instaurer une relation d’égal à égal », souligne Béatrice Andurand) et l’inévitable cloche. Les candidats se sont entraînés, ils ont musclé leur discours. Les recruteurs disposent d’un mini-CV de 10 lignes pour chaque candidat. Et tout commence ! Mais au fait, comment finit un speed-networking ? « A l’issue de la séance, chaque recruteur nous signale les candidats qu’il souhaite revoir, précise Béatrice Andurand. Car ne nous y trompons pas : le but est bien d’aller au-delà des sept minutes ! »

Renaud Prodel, chasseur de têtes, en témoigne :

Vous avez été l'un des premiers à participer au speed-networking. Qu'est-ce qui vous a décidé à tenter l'aventure ?
Notre métier est avant tout une affaires de relations humaines, fondé sur un esprit d'ouverture constant. Lorsque l'on m'a présenté l'idée du speed-networking, en novembre 2003, je n'ai pas hésité ! C'était une occasion à la fois nouvelle et intéressante de rencontrer des personnes de valeur que nous n'aurions peut-être pas chassées par ailleurs. Même si nous n'avons pas de poste à pourvoir dans l'immédiat !

Avez-vous une recette pour entamer le dialogue ?
En sept minutes, je sais que je n'aurai pas le temps de fouiller la personnalité du candidat. Je préfère donc souvent placer la discussion dans une perspective de projet. Je ne demande pas « qui êtes-vous », mais plutôt : « dites-moi où vous voulez aller ! ». L'objectif est de créer rapidement une dynamique d'échange, un cercle vertueux qui met le candidat à l'aise tout en me permettant de voir très rapidement s'il existe une compatibilité entre son projet et ce que je suis en mesure de proposer.

Quel type de décision prenez-vous à l'issue des sept minutes ?
La décision finale n'est pas « oui » ou « non ». Dans l'hypothèse la plus favorable, je demande à revoir le candidat pour un entretien approfondi en vue d'un poste à pourvoir chez mes clients. Mais je peux aussi l'orienter vers un confrère ! Il est rare que l'entretien ne débouche sur rien... même si cela arrive.

Quels sont les déterminants de cette décision ?
Le déterminant principal est le suivant : le candidat a-t-il suscité chez moi le désir de le revoir ? Ce qui m'intéresse, c'est avant tout la personnalité du candidat. Chez les cadres dirigeants, les compétences techniques ne font pas la différence. Pour diriger une équipe, il faut être soi-même animé d'une certaine flamme. Je recherche donc le « petit plus » qui fait le sel d'une candidature. Un sourire, une phrase qui fait mouche, une animation dans le regard : tout se joue souvent sur ces détails dans lesquels se révèle une personnalité.

Sept minutes, c'est très court. Les échanges ne sont-ils pas nécessairement superficiels ?
Bien sûr ! Mais la surface est souvent le reflet de ce qu'il y a de plus profond chez une personne. Pas besoin de sept minutes pour savoir si quelqu'un a fait sur lui un véritable travail de fond pour déterminer ce qu'il veut réaliser - et ce dont il est capable. De même, sept minutes suffisent souvent pour détecter d'éventuels tricheurs. Certains se trahissent par leur nervosité, d'autres par des incohérences dans le discours. La cohérence du candidat est une chose essentielle.

Quels conseils donneriez-vous à un candidat au speed-networking pour convaincre son interlocuteur ?
Première chose, indispensable : se préparer ! Cela implique un véritable travail en profondeur - pour être au clair avec soi-même sur ses objectifs, ses compétences, son projet. Celui qui possède une vision à la fois globale et précise de sa situation présente est capable de se projeter dans l'avenir... donc de donner envie à l'autre de se projeter dans l'avenir avec lui. Vous le voyez, on est loin de la simple préparation d'un discours « marketing » ! Il faut savoir plonger au fond de soi-même pour vivre son discours : et croyez-moi, cela passe lors d'un entretien - en moins de sept minutes !


Béatrice Andurand est une professionnelle de la communication. Elle est co-fondatrice du réseau Daubigny ( http://www.e-daubigny.com).

Renaud Prodel est associé du cabinet Hoffmann & Baretti (http://www.h-b-search.com), cabinet de recrutement par approche directe de cadres dirigeants pour l'ensemble des fonctions support de l'entreprise.

publié le 28/01/2005