Publier un ouvrage Comment s’opère le choix d’un éditeur ?
Dominique Gaultier est le Directeur des éditions Le Dilettante, qu’il a fondées en 1984. Il a récemment publié le roman « Ensemble, c’est tout » d’Anna Gavalda, qui rencontre un franc succès auprès des lecteurs. Comment un éditeur choisit-il parmi les centaines de manuscrits qu’il reçoit ? Comment naît la décision de publier ?
Des manuscrits que vous recevez, combien deviennent des livres ?
Globalement, la proportion est de l’ordre de un ouvrage publié pour 1 000 reçus chez nous.
Et ce miraculé, celui qui a échappé à toutes les vagues d’élimination, qu’a-t-il de plus que les autres ?
Tout est là ! (Il prend un livre qu’il vient de publier, et l’ouvre à la première page, on peut y lire : ) Dilettante : Personne qui s’adonne à une occupation, à un art en amateur, pour son seul plaisir. Personne qui ne se fie qu’aux impulsions de ses goûts, (le Petit Larousse). Ce n’est pas de la magie, je cherche une écriture, du sentiment, de l’humain. Les manuscrits, c’est comme les bouteilles de vin, on sait après une gorgée si elle sera bonne ou non. Quelques lignes me suffisent à jauger un manuscrit. Mais il n’y a pas de martingale.
N’y a t-il pas un risque à décider ainsi : les premières lignes peuvent être « bouchonnées » ?!
Cette manière de décider n’est certes pas infaillible ! L’autre secret, c’est de ne jamais se fixer d’impératifs de production : les bons manuscrits n’arrivent pas à intervalles réguliers. S’il n’y a rien de bon, je ne publie rien. C’est l’avantage d’être totalement libre, par opposition à d’autres éditeurs, que les exigences de leur business plan contraignent à publier des livres de moins bonne qualité. A contrario, j’ai reçu la même semaine les manuscrits d’Anna Rozen et d’Anna Gavalda. (Anna Rozen a fait un honorable 5 000 exemplaires pour un premier roman, mais "Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part" d’Anna Gavalda a dépassé les 200 000 exemplaires, NDLR).
Vous doutiez-vous que le livre d’Anna Gavalda connaîtrait un tel succès ?
Non, je pensais même que celui d’Anna Rozen en aurait plus ! Là encore, c’est un leurre de croire que l’on sait par avance ce qui va plaire au public, sinon comment expliquer que la série des « SAS » de Gérard de Villiers marche aussi fort (plus de 150 romans déjà parus, http://www.sasmalko.com/) et que 15 collections fondées sur le même modèle croupissent ?
Mais, pour s’assurer que le livre plaira au public, on peut le prêter à un lecteur neutre. On sait que Marcel Duhamel -le directeur de la Série Noire- faisait toujours lire les manuscrits à son chauffeur avant de les publier. N’êtes-vous pas tenté de prendre conseil ?
(Son visage s’illumine d’un sourire ironique). Non, le fonctionnement de la maison est complètement autocrate. Le Dilettante est géré par un despote éclairé !
Propos recueillis par Vincent Edin.
publié le 29/06/2004

