Libre arbitre Ne vous laissez plus manipuler !
Ils abusent de votre confiance ou soufflent le chaud et le froid sur votre moral... Qui sont au juste les manipulateurs ? Comment les repérer ? Et surtout, comment déjouer les manipulations ? Amorces de réponses avec Jacques Regard, consultant et auteur de « Manipulation : ne vous laissez plus faire ! ».
Dans son numéro 37, Decisio se faisait l’écho du « Traité de manipulation à l’usage des petites gens ». Il s’agissait alors de décrypter les petites manipulations quotidiennes : l’escalade de l’engagement, le pied dans la porte ou la porte au nez. « Nous sommes tous manipulateurs » concluaient les auteurs - qui ajoutaient aussitôt que connaître les techniques de manipulation permet surtout... d’éviter d’être manipulé.
Ne plus subir la volonté des autres
Ne plus se laisser faire : c’est le leitmotiv du livre de Jacques Regard. Son point de départ est universel : le sentiment de faiblesse du manipulé. Combien de fois nous reprochons-nous de nous être (encore) fait avoir par un manipulateur habile ? Mais il y a pire : nombreux sont ceux qui, au contact chaque jour d’une personne manipulatrice, se sentent dépossédés de leur libre-arbitre, fatigués de constamment lutter contre une volonté qu’ils sentent plus forte que la leur. « Personne n’est obligé de passer sa vie à suivre ou à subir la volonté des uns ou des autres », clame l’auteur.
Cas n°1 : le manipulateur égocentrique
Le cas le plus classique est celui du manipulateur égocentrique. Pour Patrick Ménard, il s’agit là de « tristes personnages qui abusent de notre gentillesse, de notre ignorance ou d’une ou l’autre de nos faiblesses pour nous extorquer quelque chose ». Petits chefs et petits malins, collègues égoïstes ou commerciaux peu scrupuleux, ils n’ont pas de réelle volonté de nuire (mais refusent de voir les dégâts qu’ils peuvent causer). Patrick Ménard les classe en quatre genres : le charmeur qui nous berce d’illusions, le culpabilisateur qui joue sur notre mauvaise conscience, le respectable qui dissimule à merveille ses intentions... et l’autoritaire qui nous intimide. Pour leur résister, il faut d’abord prendre conscience de la manipulation... puis découvrir l’intention du manipulateur. « Une fois révélée, celle-ci devient inopérante et le manipulateur est perdu ».
De l’art difficile de dire non...
Perdu ? Pas si sûr. Car le manipulateur sait bien qu’il nous est souvent difficile de dire non. Le principal ennemi, c’est souvent nous-même. La solution passe donc par l’affirmation de soi... et la prise de recul. Quel que soit le cas, explique Patrick Ménard, il faut savoir ne pas se précipiter. « Commencez par faire comprendre au manipulateur que vous avez bien saisi sa revendication... puis insistez sur le fait que vous n’êtes pas en mesure de répondre, pour l’instant, à ses exigences ». Un conseil précieux : tout l’art des manipulateurs égocentriques consiste en effet à nous faire croire qu’il est urgent de décider rapidement.
Repérer les manipulateurs malveillants
Avec la manipulation malveillante, on entre dans un autre registre, bien plus pervers. Le malveillant ne vise pas un intérêt ponctuel : il cherche « à détruire un aspect de votre personnalité qui le dérange ». Il ne s’agit alors plus de résister, mais de combattre. « Le manipulatueur est d’un orgueil démesuré et très méfiant. Il rabaisse ses victimes pour se grandir lui-même », décrit Jacques Regard. Tout en proclamant agir pour notre bien (ou pour une bonne cause), il a tendance à « raisonner faux » - offrant ainsi peu de prise à des contre-attaques argumentées, et semblant tout retourner à son avantage. Usant du mensonge ou de la calomnie, critiquant sans cesse, il terrorise son entourage... tout en créant un sentiment de culpabilité chez ses victimes. On retrouve là des mécanismes désormais connus du harcèlement moral, ou de la perversion narcissique que Bénédicte Haubold décrivait dans Decisio n°42...
Pour le repérer, on peut se fier à des signes extérieurs : la critique systématique d’autrui ou l’abus de sous-entendus personnels, par exemple, peuvent nous mettre en alerte. Mais la manipulation se découvre souvent par les effets que les manipulateurs provoquent chez leurs victimes : culpabilité, moral en yoyo, énergie en berne... jusqu’à la dépression.
... Et sortir de leur emprise
La perversion du manipulatueur n’est heureusement pas sans point faible. « S’il terrorise son entourage, c’est parce qu’il a peur des autres » , poursuit Jacques Regard. Paradoxe ? Pas vraiment. La sournoiserie révèle en réalité une lâcheté, une impuissance à changer les autres par des moyens normaux. Comprendre en quoi le manipulateur se sent inférieur consistue donc la première étape pour « ne plus avoir peur soi-même » et échapper à l’emprise de la manipulation. La deuxième étape est celle de la contre-attaque. Parce que le manipulatueur est un « malade qui refuse d’avoir tort », il faut renoncer à vouloir le changer. « On ne peut pas s’attaquer à moitié à un manipulatueur », prévient Jacques Regard. « Il faut le faire à fond et ne pas s’arrêter avant d’avoir gagné. Sinon, c’est lui qui gagnera. » Au combat, certains préféreront la fuite. Car l’essentiel est bien de sortir de la zone d’influence du manipulateur. Et si le contact est inévitable (en milieu professionnel, notamment), on pourra suivre ces conseils simples mais salutaires : montrer qu’on ne se laissera plus intimider, limiter autant que possible les conversations, se faire lisse... Et lui demander de préciser les sous-entendus qui émaillent son discours. Une façon habile de manipuler le manipulateur, en somme.
publié le 16/02/2010

