Politique Les leçons de Machiavel à "nos" Princes
Comment conquérir le pouvoir ? Et comment le conserver ? Ces deux grandes questions sont au cœur de l’œuvre de Nicolas Machiavel - et notamment de son ouvrage le plus connu : Le Prince.
A quelques jours du premier tour de l’élection présidentielle, Decisio se penche sur la décision en politique, avec Marie Gaille-Nikodimov, traductrice du Prince et récente biographe de Machiavel.
Qui était donc ce Machiavel ?
Nicolas Machiavel est né à Florence en 1469. Juriste de formation, il fait carrière comme conseiller auprès de la République florentine, en un temps troublé où les cités italiennes sont en guerre quasi-permanente. Observateur passionné de la vie politique (à Florence et à l’étranger), il est remarqué pour la puissance d’écriture et d’analyse de ses rapports. Lorsque les Médicis reprennent le pouvoir à Florence, en 1512, il est arrêté et assigné à résidence. En 1513, il écrit Le Prince pour Laurent de Médicis... Mais le texte ne sera publié qu’en 1532 (cinq ans après sa mort). Très rapidement, il sera diffusé, commenté et discuté à travers l’Europe - sous le manteau d’abord, puis ouvertement à partir du XVIIIe siècle.
Machiavel était-il machiavélique ?
Pas du tout, et c’est une confusion qui a la vie dure... Le mot « machiavélisme » est apparu plus d’un siècle après la mort de Machiavel. En un sens, on peut le comprendre : dans Le Prince, en effet, Machiavel distingue clairement l’action politique de toute considération morale, se concentrant sur la conquête et la conservation du pouvoir. Toutefois, on ne peut réduire l’œuvre de Machiavel à cette seule dimension. D’abord parce qu’il écrivait dans un contexte de guerre ; ensuite parce qu’on ne saurait réduire son œuvre au seul Prince. Machiavel est aussi un grand penseur de la liberté, attaché à l’établissement d’un gouvernement républicain à Florence où les libertés seraient garanties par un équilibre des pouvoirs.
Quelles qualités doit avoir un Prince selon Machiavel ?
Pour lui, l’important pour les gouvernants n’est pas tant d’avoir des qualités que de savoir les modeler en fonction du temps. Vicieuses ou vertueuses, les qualités doivent servir la finalité de la conservation du pouvoir dans des circonstances données. Il n’est pas nécessaire à un prince d’avoir toutes les qualités, mais il lui est indispensable de paraître les avoir (Machiavel) Par ailleurs, il enjoint le Prince à jouer de ses qualités, plaçant résolument la politique dans le champ de l’apparaître : « Il n’est pas nécessaire à un prince d’avoir toutes les qualités, mais il lui est indispensable de paraître les avoir », écrit-il.
Et quels conseils Machiavel donne-t-il au Prince ?
Le premier conseil, c’est la détermination. Savoir prendre une décision et s’y tenir sont deux éléments essentiels de tout gouvernement. Tout au long de son œuvre, il reproche à Soderini (le gonfalonier de Florence dont il a été le proche conseiller) d’avoir trop souvent temporisé, pour « jouir des bienfaits du temps », et d’avoir manqué de fermeté. Pour Machiavel, la demi-mesure n’est pas un bon calcul ; à rester neutre on se met toujours en position de faiblesse. Mieux vaut donc être toujours en avance d’une décision sur autrui ! Enfin, Machiavel exhorte le Prince à ne pas se figer dans une personnalité, mais à anticiper les variations et à s’adapter à ce qu’il appelle la « Fortune du temps ». Etre conscient que les temps changent et savoir saisir l’occasion : voilà une des grandes leçons machiavéliennes.
Comment un Prince prend-il ses décisions ? Est-ce qu’un Prince doit décider seul ?
Oui. La figure du chef est importante pour garder le cap et imprimer sa marque. Dans le contexte de guerre entre cités dans lequel écrit Machiavel, le Prince, menacé en permanence, doit toujours pouvoir imposer les décisions comme étant siennes. Cependant, il doit aussi savoir s’entourer. Un prince se juge d’abord au choix qu’il fait de ses ministres. « S’ils sont capables et fidèles, on peut le juger sage ; car il a su les juger capables et les conserver fidèles », écrit-il. L’art de s’entourer s’applique également aux conseillers, qui doivent éclairer le prince en sachant lui dire la vérité... en évitant soigneusement « les flatteurs dont les cours sont pleines. »
Comment conserver le pouvoir dans la durée ?
De même qu’il prône la fermeté dans la décision, Machiavel estime que le Prince ne doit pas craindre d’être craint. « Mieux vaut être craint que d’être aimé, conclut-il, dès lors que l’on parvient à éviter le mépris et la haine ». Dans le même temps, s’il veut durer, Machiavel explique que le Prince doit savoir se ménager l’appui du peuple, et gouverner dans le souci du bien commun. Vous voyez que l’on est loin du machiavélisme !
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Normalienne, agrégée et docteur en philosophie, Marie Gaille-Nikodimov a notamment publié une traduction du Prince, ainsi qu’une biographie : « Machiavel » (éditions Tallandier, 2005). |
publié le 16/04/2007

