Développement durable Le vert pour sortir du rouge ?
Tout le monde en parle... Mais qui au juste pratique le développement durable ? Impacte-t-il concrètement les décisions des entreprises ? En analysant les pratiques des Directeurs Achats, on se rend compte que des tendances lourdes sont à l’œuvre, que la crise actuelle n’a pas freinées... Au contraire.
Le point avec Pierre-François Thaler, co-fondateur et directeur d’Ecovadis, qui fournit aux entreprises des outils pour le développement d’achats responsables.
Le développement durable a-t-il aujourd’hui dépassé le stade du discours ? La crise n’a-t-elle pas eu raison des belles promesses ?
C’est une tendance lourde. Il y a eu un « effet de mode » au début des années 2000, mais depuis le milieu de la décennie, les entreprises sont passées du ‘pourquoi’ au ‘comment’. La meilleure preuve ? En 2008, nombre d’experts pensaient que les entreprises couperaient dans leurs investissements en développement durable. Il n’en a rien été. Certaines entreprises en ont profité pour « faire le ménage » dans des initiatives jusque là disparates, d’autres ont au contraire décidé d’accélérer le mouvement. C’est un vrai mouvement de fond - comme le montre le baromètre Achats durables que nous avons développé avec HEC.
Quelles facteurs font évoluer les entreprises ?
Il y a trois types de motivations. Les premières sont défensives : s’adapter aux évolutions réglementaires, protéger l’image de l’entreprise... ou répondre aux exigences de ses clients. D’autres sont économiques : selon notre baromètre, 41% des Directeurs Achats considèrent que les pratiques d’achat responsable contribuent à diminuer les coûts de certains produits - en réduisant la consommation d’énergie, les emballages... Quelques entreprises, enfin, ont adopté une démarche offensive, faisant du développement durable et de l’achat responsable un atout pour conquérir des marchés.
Comment définissez-vous « l’achat responsable » ?
Une politique d’achat responsable cherche à maximiser les achats selon les trois dimensions du développement durable : économique, social et environnemental. Concrètement : au-delà des critères économiques classiques (qualité, coûts, délais...), l’achat responsable intègre des indicateurs liés au respect de l’environnement et à la politique sociale des fournisseurs.
Quelle est la place des Achats dans les initiatives de Développement durable ?
Elle est centrale, et pour plusieurs raisons. Les directeurs achats ont été parmi les premiers à adopter le développement durable - une façon de légitimer leur action dans l’entreprise, peut-être. Et puis, il est souvent plus facile de demander à ses fournisseurs de changer que de changer soi-même... Quoi qu’il en soit, quand un industriel adopte réellement une démarche d’achat responsable, cela se traduit sur toute la chaîne.
Voyez Wal-Mart. En juillet, le distributeur américain a lancé une gigantesque initiative d’achat responsable : 150 000 fournisseurs doivent aujourd’hui répondre à quinze questions sur leurs émissions de CO2, leur consommation d’eau le respect des droits de l’homme... Sur ces quinze questions, quatre concernent les sous-traitants de ces fournisseurs. C’est un véritable effet domino !
Où en sont les entreprises aujourd’hui ?
Voyons les choses en face : le prix reste l’élément déterminant dans la décision d’achat. Mais à prix égal, le développement durable fait la différence. Le baromètre 2009 montre aussi que les entreprises privées sont de plus en plus nombreuses à inclure des clauses de développement durable dans leurs appels d’offres. Avec de vraies conséquences : il y a quatre ans, 80% des Directeurs Achats interrogés reconnaissaient n’avoir obtenu aucun résultat en matière d’Achats durables. Aujourd’hui, 81% ont obtenu des résultats concrets. C’est un changement considérable !
Toutes les entreprises n’en sont pas là...
On peut distinguer trois niveaux de maturité sur le sujet. Nombre d’entreprises font encore de l’affichage, avec quelques actions isolées pour remplir leur Rapport de développement durable. D’autres mettent en place des initiatives plus systématiques, avec une méthodologie et des outils spécifiques : charte des fournisseurs, outils d’évaluation, audit RSE des fournisseurs... Elles représentent environ 30 % des grandes entreprises. Quelques autres, enfin, font de l’achat responsable une véritable source de différenciation - comme HP, Patagonia ou L’Oréal. Dans ce cas, on s’aperçoit que cela change vraiment les relations avec les fournisseurs. Tout doit être repensé sur de nouvelles bases.
Quelles sont les perspectives pour les années à venir ?
Deux mouvements sont à l’œuvre. Nous avons parlé du premier : la propagation virale de la prise en compte des dimensions sociale et environnementale dans les Achats. L’autre consiste à structurer la démarche dans les organisations. Le développement durable devient plus technique, plus factuel, et ses promoteurs ont besoin d’indicateurs concrets pour mesurer leur action. Le développement d’Ecovadis témoigne de cette demande croissante d’outils. Nous avions 8 clients en 2008, ils sont 25 aujourd’hui. Et nous déployons notre activité à l’international. Corollaire : dans les années à venir, les acteurs de la Business Intelligence auront un rôle important à jouer. Le décisionnel Développement durable deviendra essentiel pour les entreprises.
publié le 28/01/2010

