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Football  L’entraîneur, l’homme aux décisions décisives

« L’équipe qui marche bien, c’est celle qui fait l’unité au moment du match - même s’il existe des tensions. » Gardien du collectif, l’entraîneur joue naturellement un rôle essentiel pour garantir cette unité... Mais une fois le match commencé, comment peut-il peser pour que son équipe « fasse la décision » ? Decisio a posé la question à Guy Lacombe, ex-coach de Guingamp, de Sochaux et du PSG.

Quelles sont les principales décisions d’un entraîneur de football ?

Le métier évolue depuis quelques années vers un rôle, plus complet, de manager. En réalité, l’entraîneur est amené à prendre trois types de décisions : stratégiques pour l’orientation à long terme du club (recrutement, transferts, politique de jeunes...), tactiques pour préparer les matches (jusqu’à la composition de l’équipe) et enfin des décisions instantanées, réactives, pendant le match.

Commençons par les décisions « d’orientation »...

Ce sont des décisions normalement très rationnelles, tirées de l’analyse de faits objectifs et prises en accord avec le président du club Parfois il faut batailler dur pour imposer sa volonté. D’autant que tout se fait désormais dans un contexte de pression médiatique énorme. Le football un milieu à part !

Revenons au terrain... Comment se prépare un match ?

D’abord en analysant le match précédent : ce qui a fonctionné, ce qu’il faut recadrer... Les entraînements sont donc mis à profit pour travailler la technique, mettre en place la tactique... Avec au final une décision-clé, celle sur laquelle les médias se focalisent : la composition du groupe. Là, les paramètres sont nombreux : les qualités techniques des joueurs, bien sûr, mais aussi leur état de forme, les complémentarités éventuelles, le profil de l’adversaire...

Les choix tactiques dépendent-ils beaucoup de l’adversaire ?

Pas vraiment. En réalité, on joue d’abord sur les forces de l’équipe - c’est cela qui détermine la composition avant tout. Ensuite, bien sûr, il peut y avoir quelques aménagements en fonction de l’adversaire, mais cela vient en marge. L’important, à l’entraînement, c’est de mettre en place nos systèmes et de travailler ce qui n’a pas fonctionné au cours des matches précédents. On travaille aussi des points techniques ou tactiques qui aident l’équipe à gagner confiance en ses moyens - et là, oui, il est important de repérer les faiblesses de l’adversaire.

« Confiance » est un mot qui revient souvent...

Bien sûr ! Au niveau individuel comme au niveau collectif, c’est un élément essentiel. C’est la confiance qui permet de prendre l’ascendant sur l’adversaire, c’est souvent elle qui fait basculer une rencontre. C’est ce qui explique aussi que le football est un des seuls sports collectifs où une « petite » équipe a toujours sa chance. Mais la confiance est un atout fragile : certaines équipes réussissent une excellente saison, repartent l’année suivante avec les mêmes joueurs et là, sans raison apparente, ça ne fonctionne plus. Pendant les matches, les meilleurs entraîneurs sont ceux qui savent analyser une situation en instantané... Créer les conditions de la confiance collective, c’est l’un des points-clés de notre métier. Parce que les joueurs sont profondément individualistes, le collectif est l’affaire de l’entraîneur.

Et une fois le match lancé comment l’entraîneur fait-il pour décider « en temps réel » ?

Une fois le match lancé, c’est une partie de poker qui commence. Si vous avez l’ascendant, il faut continuer à mettre la pression sur l’adversaire. Regardez Lyon, ces dernières années : leur grande force, c’est qu’ils ne donnaient aucun espoir à l’adversaire. Dans le cas contraire, il vous faut abattre d’autres cartes pour inverser la tendance.

De quelles cartes disposez-vous pour changer le cours des choses ?

La carte la plus visible, c’est celle des remplacements - qui prennent une importance croissante depuis quelques années. Il peut s’agir de remplacer poste pour poste un joueur défaillant, faire rentrer un « joker » pour profiter d’une faiblesse de l’adversaire... ou, selon le score, apporter un « plus » offensif ou défensif. Moins visible, la mi-temps est un moment très important : en très peu de mots il faut maintenir ou rétablir la confiance - en rassurant ou en poussant un coup de gueule. Ou en profiter pour opérer un changement tactique.

Entre le rythme du match et les bruits du stade, parvenez-vous à passer des messages tactiques aux joueurs pendant le match ?

Bien sûr. On utilise pour cela des codes, en se raccrochant à des stratégies pré-établies. Certains joueurs aussi nous servent de relais - des joueurs intelligents, qui savent qu’ils ont besoin du collectif, et qui trouvent leur épanouissement dans un rôle de leader.

Quelles sont les qualités d’un bon entraîneur sur le banc ?

Pendant les matches, les meilleurs entraîneurs sont ceux qui savent analyser une situation en instantané ceux qui « sentent » les choses, aussi - cette intuition nourrie par l’expérience et qui fait que parfois, même si le résultat nous a été défavorable, on sait qu’on a pris la bonne décision. C’est un métier riche : il faut être à la fois tacticien, technicien, psychologue... Avec la répétition des matches, une chose est sûre : c’est un métier passionnant, mais épuisant !

publié le 15/11/2007


En savoir plus

    Parcours : Guy Lacombe est un ancien joueur professionnel devenu formateur et entraîneur.

    Il a notamment formé Zinedine Zidane à Cannes et entraîné Sochaux et le Paris SG, avec lesquels il a gagné la Coupe de la Ligue et la Coupe de France.