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Gestion des risques Faire face à des risques toujours plus nombreux et aux conséquences plus lourdes

Depuis ces dix dernières années, les risques auxquels sont confrontées les entreprises se sont multipliés et leur ampleur s’est considérablement amplifiée. Dans un tel contexte, la gestion du risque reste plus que jamais un élément créateur de valeur.

Jusqu’à aujourd’hui, les deux grandes « familles » de risques que connaissaient les entreprises étaient relatifs à la finance et à l’assurance. Les premiers sont liés à des fluctuations sur la valeur des actifs financiers, les taux d’intérêt ou les taux de change. Les seconds, les risques d’assurance, se distinguent par leur diversité et leur impact plus complexe à prédire.

« Depuis quelques décennies, les entreprises ont appris à se protéger efficacement contre les risques financiers par l’intermédiaire de produits dérivés souvent complexes », note Pierre Picard, Président du département d’économie à l’Ecole Polytechnique, et spécialiste du risque. « Cependant, dans le même temps, le risque d’assurance est désormais plus divers, de portée plus large et plus difficile à évaluer. »

Les risques se sont multipliés

S’assurer contre les risques devient extrêmement compliqué pour une entreprise. D’autant plus compliqué que des risques nouveaux pèsent aujourd’hui sur elle : risques environnementaux, comme la pollution d’un site, l’explosion d’une usine ; risques produit, dans le cas d’un manquement à des normes de sécurité...

Il faut dire que la législation s’est considérablement durcie sur ces sujets. Ainsi aux Etats-Unis par exemple, la loi Cercla (Comprehensive environnemental response, compensation and liability Act) permet non seulement de rechercher les responsables d’une pollution, « mais va jusqu’à autoriser la poursuite de la banque qui a prêté à l’entreprise au cas où celle-ci serait devenue insolvable », précise Pierre Picard.

Mais il est un autre type de risque qui tend à prendre de plus en plus d’importance : le « risque opérationnel », susceptible d’affecter l’entreprise dans son fonctionnement même. Le dommage peut alors résulter d’une fraude, d’une panne de grande échelle, d’un acte de nuisance sur un réseau informatique (piratage, espionnage industriel), ou plus simplement d’un dysfonctionnement sur la chaîne de fabrication.

Les limites de la mutualisation du risque

« Au moment où les entreprises font face à ces nouveaux risques, leur assurabilité même est difficile, constate Pierre Picard. On parle « d’ambiguïté des risques » pour lesquels les assureurs manquent de recul, d’historique et qui sont donc difficilement probabilisables. » L’entreprise doit pouvoir déterminer précisément en quel endroit de sa chaîne de production ou de distribution sont situés les risques les plus importants La société, à travers la loi, réclame de plus en plus la prise en compte de risques aussi exceptionnels que dévastateurs et qui impliquent, lorsqu’ils se déclenchent, un très grand nombre d’individus parfois, comme les dommages écologiques ou les catastrophes naturelles. Le système traditionnel de mutualisation des risques ne suffit plus. D’où la tendance relevée ces dernières années à la « titrisation » de ces risques. L’investisseur, dans cette logique, prend sa part du risque.

« Avec la crise financière que nous traversons, la titrisation des risques a forcément mauvaise presse, constate le professeur Picard, le risque crédit pris par certaines banques ayant joué un rôle important dans la dissémination du risque et la dissolution de la responsabilité. Mais la titrisation est aussi une excellente solution lorsqu’il s’agit de faire partager par d’autres des risques objectifs qui ne pourraient être couverts par l’effort de mutualisation des seuls agents économiques susceptibles d’être impactés. »

Ainsi après le passage de l’ouragan Katrina en 2005 sur La Nouvelle-Orléans, alors que les systèmes d’assurance et de réassurance ont subi un choc « très violent, explique Pierre Picard, la titrisation a contribué à colmater la brèche ».

La gestion du risque créatrice de valeur

La vision traditionnelle de la prise en compte du risque par l’entreprise seulement en bout de chaîne appartient au passé. Le « risk-management » devient aujourd’hui un élément de la création de valeur de l’entreprise. « Toutes les grandes entreprises ont besoin à tout instant d’avoir une vision claire et précise du risque, explique le professeur Picard.

Dès lors, la gestion du risque ne peut être entièrement décentralisée auprès d’assureurs locaux. L’entreprise doit pouvoir déterminer précisément en quel endroit de sa chaîne de production ou de distribution sont situés les risques industriels ou les risques clients les plus importants. »

Enfin, n’oublions pas que la gestion du risque est un facteur déterminant dans la délicate recherche d’un équilibre dans les rapports entre actionnaires, soucieux de voir l’entreprise augmenter ses performances impliquant ainsi, dans une certaine mesure, la prise de risques, et les créanciers qui souhaitent avant tout avoir la certitude que les dettes seront honorées.

« Tout ce qui peut contribuer à convaincre les créanciers que le risque d’insolvabilité reste négligeable est bon pour l’entreprise : le loyer de l’argent sera meilleur marché et la renégociation de sa dette facilitée », conclut Pierre Picard.

publié le 20/01/2009