Bataille de Waterloo Quand un empire prend l’eau
Après trois jours d’une campagne éclair, la bataille de Waterloo paraissait gagnée d’avance pour la Grande Armée de Napoléon. Et pourtant, quelques funestes décisions, un manque de communication et des initiatives malheureuses ont mis fin en quelques heures à Cent Jours qui ont failli changer la face de l’Europe.
Echappé de l’Ile d’Elbe où il était exilé par les alliés anglais, prussiens et autrichiens suite à la défaite de Leipzig, Napoléon Ier débarque en Provence le 1er mars 1815. Il ne lui a fallu que quatre jours pour remonter jusqu’aux Tuileries où il a repris le pouvoir sans un coup de fusil. L’empereur fatigué ne veut plus faire la guerre. Il aimerait ne s’occuper que de politique et d’organisation du pays... Mais les puissances européennes ne l’entendent pas ainsi : l’Angleterre et la Prusse ont formé une nouvelle coalition et prévoient d’attaquer la France en juillet, avec 2 millions d’hommes. Déjà les armées de Wellington et Blucher sont en Belgique - 220 000 soldats attendant des renforts. Alors Napoléon choisit l’attaque ! En quelques semaines il rassemble 180 000 hommes. Il choisit d’utiliser la stratégie qui lui a toujours réussi : attaquer par surprise, prendre l’ennemi de vitesse et le couper en son milieu.
Tout avait pourtant bien commencé...
A ses ordres, le 15 juin, la Grande Armée entre en Belgique et avance entre les deux armées de la Sainte Alliance. Surpris, Wellington et Blucher se replient, chacun selon sa ligne de communication, s’éloignant l’un de l’autre. Le plan qui avait fonctionné à Wagram est sur le point de se répéter : Napoléon n’a plus qu’à choisir de combattre l’une des deux armées (à deux contre un), et l’autre se soumettra !
Le 16 juin, le combat fait rage à Ligny contre l’armée de Blucher. Les Français perdent 15 000 hommes mais sont vainqueurs. Napoléon charge alors le Maréchal Grouchy de surveiller les Prussiens tandis que Ney doit attaquer Wellington devant Waterloo, à une vingtaine de kilomètres de Bruxelles. L’Empereur reste en retrait ; Soult, son état-major, assure la communication de l’ensemble.
Le choix des hommes : première erreur
Grouchy, Ney, Soult : étaient-ils vraiment les hommes de la situation ? Pas vraiment. Car l’armée de Napoléon, quoique nombreuse, a été organisée à la hâte et aucun des officiers n’a véritablement sa place. les maréchaux commandent des régiments, les généraux des bataillons, et les colonels de maigres unités. Grouchy, certes bon officier, s’est vu confier la réserve de cavalerie, mais il n’a aucune expérience de commandement stratégique. Soult est un meneur d’hommes hors pair, mais faute d’autres candidats, Napoléon a dû le nommer à la tête de l’état major : un opérationnel à la tête des services généraux ! Reste Ney, le fougueux, le courageux - l’imprévisible, aussi, qui a laissé filer Wellington dans une escarmouche le 16 juin sans savoir que l’Anglais n’était protégé que de 4 000 hommes... Bien mieux informé que Ney et Napoléon (notamment grâce aux traîtres de l’armée française !), Wellington a pu organiser sa retraite et s’établir sur un terrain repéré plusieurs mois à l’avance où il peut organiser sa défense.
Le 18 juin : une kyrielle de décisions hasardeuses ...
Napoléon a prévu de porter l’attaque finale le 18 juin, à 72 000 contre 70 000. Il aimerait attaquer au petit matin, mais la pluie l’en empêche : impossible pour l’artillerie de manœuvrer sur un sol détrempé. Ce n’est qu’à midi que la bataille s’engage. Du haut du plateau où il a installé ses troupes, il a repéré le point faible de la position anglaise : son flanc gauche. Il décide donc de porter une fausse attaque à droite, pour attirer l’ennemi de ce côté, et jeter la masse de ses forces sur l’aile gauche anglaise. Jérôme Bonaparte, frère de l’empereur, est chargé de l’attaque. Mais il a mal compris les intentions de Napoléon : au lieu d’une simple diversion, il s’acharne et veut prendre la position ennemie. Toute la journée, il s’obstinera contre des défenseurs anglais protégés derrière des meurtières. La France y perd trois divisions entières.
Pendant ce temps, Ney a lancé l’attaque principale. Mais les colonnes d’attaque de l’infanterie, par une erreur tactique presque inexplicable, ont été formées en masses serrées : les boulets ennemis y font d’effroyables ravages ! Plus de 10 fois Ney reforme les rangs, revient à la charge, avec l’infanterie puis la cavalerie. Vers quatre heures, Wellington est enfin sur le point de céder, alors qu’au loin, à l’est, une colonne armée s’avance. Est-ce Grouchy qui enfin arrive en renfort ? En réalité, les renforts ne viendront jamais. Car cette colonne qui vient au loin n’est pas celle de Grouchy - c’est l’armée prussienne de Blucher qui a marché toute la journée pour venir in extremis en renfort ! Dès lors, plus rien ne peut empêcher la boucherie : prise en tenaille, l’armée française perdra 40 000 hommes. Napoléon abdique de nouveau - cette fois, définitivement.
... et un manque de communication entre décideurs
C’est la grande énigme de la bataille de Waterloo : comment Blucher a-t-il pu venir en aide à Wellington alors que Grouchy était censé le « surveiller » ? Depuis son campement de Wavre (à quatre heures de marche de Waterloo), Grouchy a entendu le grondement de l’artillerie de Napoléon. Il sait que la bataille est engagée, ses hommes le pressent de marcher au canon... Mais il ne bouge pas ! Il garde l’œil rivé sur la colline d’en face, où Blucher a laissé une arrière-garde pour faire illusion.
Pour les historiens, la clé de l’énigme est simple : nommé Maréchal il y a peu, Grouchy a besoin d’asseoir son autorité... et il a reçu de Napoléon l’ordre de « suivre les Prussiens ». Alors, quand ses généraux le pressent de rejoindre Waterloo, il s’entête : « si l’Empereur avait voulu que je prisse part à la bataille, il me l’aurait fait savoir », dit-il. Mue par l’orgueil (et la frilosité), cette décision fera pencher le sort de la bataille. Dans ses Mémoires, d’ailleurs, Napoléon rend Grouchy responsable du désastre de Waterloo. Mais sans doute la défaite doit-elle être recherchée dans la succession des décisions hasardeuses : des hommes qui n’étaient pas à leur place, une communication mal organisée et des ordres mal interprétés... Dans une situation aussi cruciale, le génie des uns ne fait pas la réussite du tout : encore faut-il qu’une stratégie globale soit relayée de façon cohérente.
publié le 27/07/2004

