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Art contemporain : Qui décide, et comment se définit la valeur d’une œuvre ?

Le marché de l’art contemporain semble bien hermétique au profane. Les acteurs y sont avant tout animés par une même passion - celle de l’art, des artistes et de leur regard sur le monde. Mais comment au juste s’évalue une œuvre ? Et qui décide de la cote d’un artiste ? Tour d’horizon et interview de Martin Bethenod, Commissaire Général de la FIAC.

« Le socle du marché de l’art, ce sont les galeries », affirme Martin Bethenod, Délégué Général de la FIAC (Foire Internationale d’Art Contemporain). A la fois commerçants et promoteurs de leurs poulains, les galeristes s’engagent de plus en plus dans la production des œuvres, à l’heure où les artistes travaillent sur des supports toujours plus coûteux. Une relation faiblement rentable à court terme, mais qui peut rapporter gros si l’un de ces artistes « décolle » !

Les marchands : une offre en plein développement

Lorsqu’elles en ont les moyens, les galeries exposent leurs artistes dans les foires d’art contemporain, qui se sont multipliées depuis les années 1990. A la fois lieux d’exposition et événements mondains, celles-ci correspondent à une tendance du marché, où chacun noue des contacts tout en épiant discrètement le travail des confrères.

Les ventes publiques, quant à elles, ne représentent que 10 % de ce marché. Elles en demeurent pourtant la vitrine étincelante, et attirent les médias en alimentant leur passion pour les records et les statistiques : qui monte ? Qui baisse ? Cette activité est marquée par la concentration et l’internationalisation des grandes maisons, et l’anglais est plus que jamais la langue officielle.

Acheteurs : le développement de la demande privée

A travers les musées, mais aussi le Fonds National d’Art contemporain et les Fonds régionaux (FRAC), l’Etat est le plus grand collectionneur d’art contemporain en France. Les commissions d’achat, qui réunissent des acteurs publics et privés, sélectionnent les œuvres sur proposition des galeries, en tâchant de refléter au mieux la production du moment.

Autres mécènes importants, les fondations d’art contemporain qui restent relativement marginales en France, mais se développent sous l’impulsion de dispositions fiscales favorables.

Les collectionneurs privés, enfin, jouent un rôle de plus en plus important sur ce marché, et peuvent être classés en deux grandes catégories : d’un côté les passionnés « introvertis » (parfois à la limite du fétichisme), de l’autre les entrepreneurs, qui vantent à l’envi une collection montée comme un portefeuille boursier. Entre ces deux extrêmes, il existe pourtant deux points communs essentiels : la volonté de coller à l’époque, et l’impulsion de choisir au bon moment les artistes qui vont laisser une trace dans l’histoire.

Les prix : spéculation sur la nouveauté ou jugement de l’histoire ?

Reste alors la fameuse question : comment décide-t-on du prix d’une œuvre d’art ? A force de coups de cœur, les œuvres d’art atteignent souvent des prix déraisonnables. Faut-il en conclure que le marché est irrationnel ? Pas si vite. Car la logique des collectionneurs est immuable. Tout d’abord, les spéculations se font sur les artistes et non sur les œuvres. Ceci posé, l’acheteur d’art contemporain fait toujours un double pari. Sur le présent, d’abord - tel artiste est-il représentatif de l’époque actuelle ? Sur l’avenir, ensuite : quelle place aura l’artiste dans le cursus artistique de l’époque ?

Le marché de l’art fluctue donc au gré d’engouements successifs parfois savamment orchestrés par les marchands eux-mêmes : la communication se professionnalise, une tendance en chasse une autre... Il faut se décider vite, car le prix d’un artiste peut être multiplié par dix en quelques années ! Comme à la Bourse, la tentation est grande alors de regarder ce que fait le voisin pour ne pas se tromper... Et l’on estime qu’il faut 20 à 30 ans avant que l’histoire ne fasse son tri.

Dans ce contexte, peut-être vaut-il mieux s’inspirer de la sagesse passionnée de Daniel Bosser, grand collectionneur français, qui affiche son postulat : « une œuvre ne vaut que le prix que je veux bien lui accorder » !

Trois questions à :
Martin Bethenod, Commissaire Général de la FIAC

Qui décide de la valeur d'un artiste contemporain ?
Deux tendances se croisent. D'abord, les collectionneurs achètent souvent ce qui a déjà été acheté par d'autres : plus un artiste est exposé (dans une galerie prestigieuse ou dans une collection en vue), plus il acquiert de la valeur. En ce sens, on peut dire que le marché tourne en rond ! Mais il y a aussi, chez les amateurs d'art, une quête perpétuelle de nouveauté : chacun rêve d'être « le premier à avoir découvert » un artiste. C'est dans cette dialectique, presque insaisissable, que se construit le marché de l'art contemporain.

Qu'est-ce qui fait le rayonnement d'un salon comme la FIAC ?
L'importance d'une foire se mesure au prestige du plateau qu'elle peut réunir. Nous cherchons à réunir les meilleures galeries - j'entends par là celles qui ont la plus grande visibilité internationale - et à les convaincre de présenter chez nous leurs plus grands artistes ! Parallèlement, bien sûr, il nous faut attirer des collectionneurs du monde entier. Depuis quelques années, un nouveau déterminant, plus subtil, se fait jour : l'esprit de la Foire doit être en symbiose avec l'image de la ville dans laquelle elle se situe. La Foire de Miami, par exemple, a su se développer en présentant des œuvres en résonance avec les palmiers et l'argent facile. La Foire de Londres, elle, mise sur la provocation et le glamour trash.

Et Paris ?
La richesse des musées, le luxe et le « bon goût » sont indissociables de l'image de la ville. Mais Paris est aussi le berceau de nombreuses avant-gardes ! Nous travaillons donc sur ces deux pôles pour perpétuer la tradition... et la renouveler en permanence.

publié le 31/01/2006